Attention aux squelettes dans le placard du groupe !
Formateur indépendant, tu as décroché un contrat d'une journée ! Félicitations ! Enfin ! Tu as réussi à décrocher un contrat de formation avec un organisme de formation.
Tu es ravi, pourtant, est-ce vraiment un bon plan ? Quelles sont les contraintes de ce type de prestation ?Il faut d'abord laisser place à la précision ! Nous parlerons ici de formateurs individuels qui interviennent ponctuellement sur des formations longues.
Prenons un exemple concret : un groupe d'adultes en reconversion en formation "Service à la personne". Ils ont débuté en octobre et terminent la formation en juin de l'année suivante. L'organisme de formation appelle pour une prestation sur le thème du handicap. 7h pour sensibiliser les stagiaires et introduire l'accompagnement auprès de ce public.
Sur le principe, c'est chouette ! Dans la réalité, c'est plus compliqué. Pourquoi ?

Chaque groupe est différent ; celui-là est déjà formé. Il "vit" depuis déjà quelque temps. Les affinités se sont créées, les animosités également.
Doit-on demander des informations sur le groupe au formateur référent ?
Personnellement, je ne préfère pas. Quelques infos de base (difficultés d’apprentissage individuelles éventuellement), mais pas plus. Je préfère grandement garder la « surprise ». Cela me permet d’avoir un regard neuf sur le groupe, sans préjugés. Si le formateur référent me dit : « Tu vas voir, c’est un groupe qui ne veut rien faire, ils n’aiment pas tel ou tel type d’exercices… », je trouve que cela crée tout de suite une barrière. D’autant plus que souvent, en tant qu’intervenant, le groupe ne réagit pas du tout de la même manière qu’avec son référent. Un peu comme les enfants qui sont très cools chez les copains et qui deviennent beaucoup plus complexes lorsque les parents arrivent !
Comment gérer l'appréhension du groupe ?
Les apprenants ne nous connaissent pas, ne connaissent pas notre mode de fonctionnement non plus. Il y a un temps d’adaptation où la parole est moins libre et où la sollicitation doit être plus importante de la part du formateur. Normal, me direz-vous ! Certes, mais lorsque l’on a 7 heures pour traiter d’une thématique complexe, ce n’est pas toujours évident de laisser la place à ce temps d’adaptation, pourtant nécessaire au bon fonctionnement du reste de la journée.
Oui, je sais, ce terme n'est pas forcément joli, mais ils râlent ! Ils grognent, pestent, ronchonnent. Peu importe le mot que tu choisis, ils le font ! Pourquoi ?
Parce que nous sommes des soupapes de sécurité.
Parce que bien souvent, nous sommes des formateurs « soupape de sécurité ». Les apprenants profitent d’avoir quelqu’un d’externe pour étaler leurs griefs par rapport à leur centre de formation, leur formateur référent, les locaux, l’organisation… Que faut-il répondre à ça ?
Personnellement, rien. Je prends le temps d’écouter (c’est nécessaire pour lancer les apprentissages dans de bonnes conditions), mais je ne cherche pas à donner de réponses ou à justifier, que ce soit dans un sens ou dans un autre. Je ne connais pas les tenants et les aboutissants de ces problématiques, et même si c’était le cas, ce n’est pas ma place.
Par contre, laisser s’exprimer les stagiaires est parfois indispensable. Attention toutefois à cadrer, sinon on part vite en « bureau des pleurs » et on y passe la matinée.
Parce qu'ils veulent travailler sur un autre thème, qu'ils sont préoccupés par le stage ou l'examen qui approche.
Parce qu’ils ne veulent pas travailler sur le thème prévu. Ils sont préoccupés par l’examen ou le stage qui arrive, ou alors ils ont l’impression d’avoir déjà traité le sujet. C’est peut-être vrai.
C’est l’une des difficultés majeures de l’intervention ponctuelle : ne pas savoir ce qui a été vu en amont. Comment gérer cela ? Demander en amont un maximum d’informations, demander aux stagiaires de vous montrer leurs supports et vous adapter !
De toute façon, c’est le maître-mot de notre métier !
Aïe ! Te voilà arrivant avec tes grands sabots et tes méthodes différentes !
Nom de Zeus, mais que se passe-t-il ?
Les petites habitudes.
Et oui, les petites habitudes sont prises : « On commence toujours par ça », « Notre formateur référent fait toujours comme ça »… Et bien, pas moi !
Alors parfois, je ne vais pas te mentir, ce n’est pas simple. Lorsque les apprenants ont l’habitude d’écouter parler un formateur et de prendre des notes, arriver avec des méthodes d’apprentissage différentes (ludopédagogie, ateliers, classe inversée…), c’est s’exposer à des regards dubitatifs.
Les grands réticents.
Certains stagiaires peuvent être réticents. Ils peuvent avoir l’impression de jouer et non d’apprendre, ou craindre une perte d’efficacité. À vous de les rassurer en précisant dès le début votre mode de fonctionnement, en expliquant les objectifs de ces méthodes (et dans notre cas, le service à la personne, c’est aussi le moment de montrer comment ils peuvent réutiliser ces outils avec les bénéficiaires).
Et puis, ce n’est pas mal aussi que les apprenants apprennent à gérer leurs frustrations ! La vie n’est pas un long fleuve tranquille.
D’ailleurs, pour les formateurs non plus, mais ces petits déboires font partie du métier. Ils sont très formateurs et ne gâchent en rien le plaisir de découvrir de nouveaux groupes enthousiastes et de futurs professionnels sur le bon chemin.
Finalement, ces interventions d’un jour sont de véritables marathons émotionnels. On y arrive avec nos jeux sous le bras et on repart souvent avec les confidences d’un groupe qu’on ne reverra jamais. C’est parfois ingrat, souvent épuisant, mais c’est là que notre capacité d’adaptation brille le plus. On ne change pas tout en 7 heures, mais on sème une petite graine de changement, un pion à la fois.
Si toi aussi tu veux mettre du jeu dans tes formations sans perdre tes objectifs pédagogiques, explore notre e-book.